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Les
images photographiques de cette campagne sont comme un arrêt
sur image. Les figures " fantômes " sont
évocatrices du paradoxe de l'irreprésentable
du traumatisme impensable.
Figuration
et non-figuration, représentation et non-représentation,
la photographie est ici ombre d'elle-même. La couleur
est elle-même une non-couleur. Les mots ne sont pas
des paroles mais des placards de phrases, comme des signes
de marquage, des incrustes de corps qui ont perdu leur relief,
leur épaisseur, leur consistance, leur vitalité,
leur identité.
En termes
photographique, ce paradoxe de vie et de non vie est proposé
comme une matrice : photographie en positif et à
la fois photographie en négatif.
Ces
figures fantomatiques d'adultes illustrent bien le processus
de destruction qu'engendre le traumatisme de la maltraitance,
et en particulier de l'abus sexuel, pendant l'enfance.
Le négatif
au niveau psychologique comme au niveau photographique est
la manifestation de ce qui n'a pas été révélé.
C'est encore, non seulement au niveau individuel mais au
niveau de la transmission psychique de génération
en génération, ce qui n'a pas été
métabolisé, qui n'a pas été
symbolisé et qui continue à se propager, incrustes
étranges et fantomatiques.
C'est
un collage entre le temps de l'enfant et le temps de l'adulte.
Un collapsus de la temporalité. Le dessèchement
de l'adulte est un arrêt sur image de la croissance
de l'enfant victime. L'adulte s'est retrouvé figé.
Un enfant
victime d'abus sexuel est comme un fruit piqué sur
l'arbre par la piqûre d'un insecte ou blessé
par la morsure d'un oiseau prédateur. Il va y avoir
une altération de sa maturation : le fruit alors
se gâte intérieurement, en mûrissant
trop vite pour ensuite se dessécher et tomber de
l'arbre. Le traumatisme attaque le processus de croissance
nécessaire à un développement harmonieux
de l'enfant. Sa maturation affective, psychologique, sexuelle
et social est détériorée.
Le traumatisme
fait effraction dans le processus vital de croissance, c'est
un excès d'excitation qui ne fait pas sens pour l'enfant
("confusion de langue entre l'adulte et l'enfant"
S. FERENCZI ) et qu'il ne peut métaboliser.
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