Pour lui, une amélioration du monde ne pouvait se faire que par les enfants et c’est en instaurant une pédagogie efficace tout en éduquant l’enfant en le respectant qu’il serait alors possible de croire en un avenir meilleur pour la société. Toute l’originalité de sa pensée est là. Il consacra sa vie à se battre pour cet idéal, défendant l’idée de droits spécifiques des enfants. Son engagement était tel qu’il périt en 1942 accompagnant les 200 enfants juifs de son orphelinat à Varsovie jusqu’au camp d’extermination de Treblinka.
Sa jeunesse et sa carrière
Né en 1878 à Varsovie, Janusz Korczak grandit dans une famille d’intellectuels. De son grand-père Hirsz Goldszmit issu des cercles juifs polonais progressistes à son père avocat et intellectuel curieux, un regard critique sur la situation sociale de la société semble être une véritable tradition familiale.
Avant même de commencer ses études supérieures, Korczak publiait des œuvres littéraires, se créant créa ainsi un pseudonyme « Janusk Korczak » qu’il utilisera jusqu’à sa mort comme signature littéraire. Il se dirigea ensuite vers des études de médecine, entrant en 1898 à l’Université de Varsovie. En 1899 Korczak se rendit en Suisse afin de se familiariser avec la pédagogie de Johann Heirich Pestalozzi. Son voyage nourrit son intérêt pour la pédagogie par ses nombreuses visites dans les hôpitaux pour enfants, dans les écoles…Obtenant en 1905 son diplôme, il se retrouva médecin militaire durant le conflit russo-japonais de la même année. Deux ans plus tard, il se rendit à Berlin ou il travailla dans une clinique pour enfants et dans l’enseignement. Cette expérience fut décisive dans l’orientation de sa carrière et il décida en 1911 de créer un orphelinat « Dom Sierot » pour les enfants juifs abandonnés de Varsovie. Il réduisit sensiblement son activité de médecin pour se consacrer à la pédagogie et créa une sorte de « République des enfants » avec son propre parlement, sa propre justice et ses moyens de communications dans l’orphelinat. Il mit alors en place alors l’autogestion en matière d’éducation.
Ses idées
Il orienta l’ensemble de ses occupations professionnelles et littéraires, notamment en embrassant une carrière de journaliste amateur, vers une meilleure reconnaissance des problèmes sociaux. Il dénonça tout au long de sa vie l’oppression, la pauvreté, le chômage, l’exploitation et l’inégalité sociale. Il préconisait l’éducation pour tous, l’égalité en droit des homme et des femmes et surtout la réalisation des conditions requises pour le développement physique et mental des enfants. Ces idées sociales équivalaient à un programme de médecine sociale. Pour lui le climat familial était au centre du développement autant physique, psychique et intellectuel de l’enfant. Toute la pensée de Korczak repose sur une reconnaissance complète de l’enfant, une compréhension de sa psychologie et de son développement. Pour lui, un enfant doit être traité dans le même intérêt et respect qu’un adulte, avec en plus une reconnaissance de droits spécifique essentielle pour une amélioration de leur protection.
Son héritage
Korczak a passé sa vie à mettre en place une réorganisation complète de l’éducation des enfants. Ses idées furent largement influencées par le mouvement général de remise en question pédagogique du mouvement d’Education Nouvelle. Mais ce fut les visites en orphelinats, cliniques, écoles, maisons de correction qui influencèrent le plus la pensée de Korczak. En effet pour lui les mesures protectrices, hygiénistes et éducatives doivent être aussi importantes que la lecture ou l’écriture. Les locaux, la nourriture, l’environnement familial étaient pour lui les éléments essentiels d’un bon développement de l’enfant. Sa qualité de médecin apporta une toute autre dimension à sa pédagogie.
Pour lui, l’éducation se doit d’être un consensus entre les élèves et les professeurs. Par ses conseils d’élèves, ses tribunaux et ses journaux développés au sein de l’orphelinat, il mit en place un véritable système d’autogestion. Dans cette atmosphère de collectivité d’étude, les enfants ne se soucient moins du regard des autres, acquièrent une plus grande autonomie et de responsabilité et se tournent plus vers la vie du groupe.
En parallèle de la création de son orphelinat, il s’appliqua à redéfinir entièrement le statut de l’enfant basé sur un respect absolu et en créant des droits spécifiques pour eux. Son orphelinat autogéré, ses nombreux écrits et dénonciations marquèrent jusqu’à aujourd’hui toute une génération à la fois d’enfants et d’adultes pédagogues. Il imposa l’idée une école démocratique, basé sur par le respect des enfants.
Il est aujourd’hui de plus en plus considéré comme un précurseur en matière pédagogique. Mais c’est surtout dans le domaine du droit que son œuvre s’impose. Il apparaît comme le premier à avoir matérialiser l’idée de droits positifs* pour les enfants. Ces droits positifs se retrouvent aujourd’hui contenu dans la Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant de l’article 12 à 17.
Il est intéressant de noter que Korczak se battait pour l’élaboration d’un texte politique majeur dans la reconnaissance du statut social de l’enfant dans la société depuis le début du XX me siècle.
Aujourd’hui encore il est une des figures les plus importantes et influentes dans l’histoire de la longue élaboration des droits de l’enfant. Ses travaux pédagogiques, journalistiques, littéraires, encore trop méconnus en France, sont reconnus et célébrés de part le monde dans le domaine pédagogique. Il existe des centres de recherches sur ces travaux un peu partout en Europe notamment en Pologne, en Israël, en France, en Russie…. Son influence dans l’élaboration des droits de l’enfant reste incontournable, comme le prouve la célébration de l’UNESCO en 1978 du centenaire de sa naissance.
*Autrement dit de droit d’association, d’expression, de participation...
Livres sur Janusz Korczak :
Janusz Korczak-Les droits de l’enfant, Ed Fleurus Presse (Histoires vraies) 2009.
Janusz Korczak : Pédagogues et Pédagogies, Jacques Ladsous, PUF, 1995.
Janusz Korczak, Jacques Ladsous, Editions PUF, PARIS, 1995.
Korczak. Un homme. Un symbole, Lili Berger, Editions Magnard, coll. Témoignages pedagogiques, 1989.
Films sur Korczak
Korczak, le film d’Andrzej Wajda.